Vulnus Mater

Toute la journée, tous les jours. 

Guérisseuse, mère, femme de ménage… Un bourgeon qui ne vit que pour s’occuper de lui, pour qu’il n’ait jamais à lever le petit doigt. Une machine à bébé et à corvées pour qu’il puisse réaliser ses rêves idéalisés, romantisés à ses propres goûts égocentriques. Le voleur d’ombres, celui qui ose dicter la lumière. Il n’est ni faible d’esprit ni fou, cela est bien clair. Il utilise et exploite délibérément chaque faiblesse, dérobe toute fragilité et arrache la moindre aspiration, avec un sourire narquois et une main rouge, si rouge mais certainement pas autant que la chair qui l’a rendu ainsi. 

Les excuses ne cessent de couler de la langue féminine, mais jamais de celle de l’homme, bien trop occupé à laper de sa tasse de café qu’il ne s’est pas fait lui-même, à planter sa fourchette dans son poulet et encore, ce coups affamé sur son assiette paraît plus doux que l’empreinte qu’il laisse sur son épouse, ou devrais-je dire, sa cuisinière, son esclave. 

Une empreinte si lourde qui teinte chaque coin de son esprit, chaque mètre de son corps. Un corps qui ne lui a jamais appartenu. 

Le mariage est une fantaisie dont rêvent toutes les jeunes filles, l’anticipation allègre du retour de son mari, les tendres calins et bisous qu’elles croient recevoir et tout synonymes d’amour et de douceur. 

Jusqu’à ce que son mari revienne à des mains crevassées et une peau calleuse, et qu’elle n’entende que ses insultes et sente leurs piqûres aiguës. Des menaces et des ordres jetés de partout, comme l’on fait avec un chien. Mais c’est toujours mieux que des objets ou des coups de poings lancés. Des mordures ou des gifles, une cacophonie de cris furieux et d’autres souffrant. 

Et peu après ce qui paraît être des heures, le silence règne, et le sourire est nécessaire. C’est un silence que la femme convoite avidement, surtout dans la chambre ou elle est enrobé de sa dignité, de la proprété de sa personne. Il n’y a pas place à la pitié dans le cœur d’un tel homme. Il l’a contraint, l’agresse, l’humilie. 

Et puis il tourne, et il baise sa mère,
Il tourne et il sourit à sa collègue.

Il tourne, et il caresse un chat.

Et puis il tourne,
et il devient tout à coup, l’Homme dont elle avait rêvé, 

Et puis il tourne, et il devient un Homme.

Pourquoi donc ne pourraient-ils pas éprouver la moindre empathie envers celle qui leur sert? Celles qui se soumises même à leurs pieds? 

La Femme est amenée souvent, si ce n’est toujours, à se blamer, se culpabiliser et à croire qu’elles sont responsables de l’atrocitié qu’elles subissent. Cela est due à l’emprise et au contrôle que la gente masculine lui impose à travers sa dominance, déguisée ou non, visiblement violente ou discrètement manipulatrice, la Femme ne peut donc se libérer du serpent qui lui souffle à l’oreille et lui mord le cou sans relâche. 

Cet affreux pouvoir ne peut être conféré que de la part de la société, celle qui ne considère pas une femme comme un humain mais une propriété en attente d’etre eu, consummer et ravager. La souveraineté masculine est ancrée dans les veines du peuple tout autour du monde malgré les efforts forcenées des femme modernes à changer ce système, à regagner ou plutot à gagner leur droits en tant qu’Humain, à se débarrasser des idées sadistiques que les hommes autour d’eux leur ont solidement affermit dans l’esprit. 

Mais ce n’est pas facile. Une femme victime de violence est aussi victime de réprimande de son entourage, comme si ce n’était pas déjà assez, les gens trouvent toujours des moyens pour empirer les choses; “Si leur “amour” mourait, serait-ce la pire chose? Si leur “amour” se terminait, serait-ce si terrible?” 

Avec quelqu’un qu’elles avaient pris pour leur sauveur, oui. Durant ce moment ou elles le quitteraient, ou elles seraient enfin “libres” croyez vous, les femmes ressassent l’homme dont elles avaient rêvé jadis, et soudain, cette liberté devient aussi cariée que leur prison. 

Ça n’aide guère de les encourager de la même manière que leur bourreau utiliserait.. Des reproches, des insultes, des “ce n’est pas difficile”, c’est exactement comment l’homme la dévalorise, lui détruit sa confiance en soi. Il faut être patient pour combattre ce fléau. Il faut être intelligent. On ne peut se permettre l’imprudence; un plan pour délivrer la princesse de la tour est bien plus compliqué, ça demande du temps, de la ténacité et du courage. Surtout si la princesse doit le faire elle-même.  

Certes, on peut épauler une femme, mais on ne peut jamais la sauver si elle ne grimpe pas elle meme hors de sa tour. Et toute Femme en a la force et l’agilité.